D’un simple « Bonjour » au sentiment de communauté : les Hyper-voisins de Paris donnent l’exemple

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Une petite rue du 14ᵉ arrondissement de Paris ressemble à un village. Contrairement à de nombreux quartiers de la capitale, où les habitants se croisent sans se voir, les yeux rivés sur leur smartphone, ici la vie quotidienne commence par un « Bonjour ! » puissant et plein de vie.

Les Hyper-voisins du Petit Montrouge (Paris 14e) réécrivent les règles de la vie urbaine. Tout a commencé par un rêve simple : que les habitants se disent bonjour, et que, grâce à ces rencontres ordinaires, se créent des réseaux de soutien sur lesquels chacun pourrait compter.  

Les Hyper-voisins ont commencé par un repas de quartier partagé où chacun apporte un plat fait maison à déposer sur une table commune. Chaque année, près de 1 000 voisins se réunissent ainsi : au-delà d’un repas partagé, c’est un véritable esprit de communauté qui s’y crée. L’initiative s’est aujourd’hui développée en une communauté WhatsApp dynamique, qui organise la vie sociale locale. Qu’il s’agisse d’aider un voisin blessé en lui apportant des courses, de prêter un marteau à un voisin bricoleur, de relire le CV d’un demandeur d’emploi du quartier ou de discuter d’un livre que l’on aime, les Hyper-voisins partagent à la fois leurs passions et leur quotidien.

Il n’y a aucune obligation de participer activement : chacun s’engage à la hauteur de ses envies. La seule règle est de rester respectueux et de privilégier ce qui rassemble plutôt que ce qui divise. 

La convivialité pour lutter contre l’isolement social 

Hyper-voisins est une initiative communautaire précieuse, qui répond à une crise croissante : l’isolement social. Aujourd’hui, dans les pays de l’OCDE, un habitant sur dix déclare n’avoirpersonne sur qui compter en cas de besoin. La solitude est associée à une dégradation de la santé mentale et physique, à une baisse de la performance et de la productivité au travail et à un risque accru de chômage. À l’inverse, des relations sociales de qualité favorisent une meilleure santé ainsi que de meilleures perspectives professionnelles et économiques. 


Source : Social Connections and Loneliness in OECD Countries (OECD, 2025).

Certains groupes sont particulièrement vulnérables à l’isolement. 11 % des personnes âgées ne voient pas un ami en personne, ne serait-ce qu’une fois par an, une proportion deux fois plus élevée que dans la population globale. Dans leur quartier du 14e arrondissement, les Hyper-voisins ont aidé des seniors à rester chez eux en mettant en place des réseaux de soutien. Les habitants en recherche d’emploi – deux fois plus susceptibles de se sentir seuls selon les travaux de l’OCDE – peuvent demander conseils à leurs voisins tandis que des membres retraités de la communauté proposent du mentorat.

Quant aux parents de jeunes enfants, le sous-groupe « Hyper-Parents » leur offre un espace pour partager des conseils, des solutions de garde pour les enfants et un soutien émotionnel. À l’avenir, le collectif ambitionne de créer une crèche gérée par la communauté. Cette initiative est d’autant plus importante que les données montrent que les structures d’accueil communautaires renforcent les liens sociaux et améliorent fortement la qualité de vie.

Du partage d’un cadre de vie à la gestion collective d’une maison de quartier 

Des espaces publics bien pensés peuvent renforcer considérablement les liens entre les générations. Les Hyper-voisins en ont fait la démonstration en travaillant avec la mairie pour transformer la place centrale du quartier, autrefois un carrefour routier, en un espace piéton qui accueille désormais des événements de quartier.  

Fin 2025, les Hyper-voisins ont franchi une étape encore plus audacieuse en achetant collectivement une maison communautaire, « La Maison ». Ce projet a pu voir le jour grâce à 300 voisins, qui ont soit acheté des « briques » d’une valeur de 1 000 euros, soit contribué à des « briques solidaires » d’un montant plus modeste. Le lieu sera ouvert à tous, et pas seulement aux copropriétaires.  

Il accueillera diverses activités : des ateliers de cuisine partagée, cours de tricot, ou au soutien scolaire après l’école. Il pourra également être mis à disposition pour des événements privés, offrant ainsi un espace que beaucoup d’habitants ne disposent pas chez eux.  

Ce projet ambitieux transforme l’ADN des Hyper-voisins : d’un collectif informel, ils deviennent une initiative structurée autour de la gestion commune d’un lieu partagé. 

Soutenir les Hyper-voisins

Depuis la pandémie du COVID-19, la question de la solitude s’est imposée comme une priorité dans l’agenda des gouvernements du monde entier. Des pays comme le Japon, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Royaume-Uni ou encore l’Autriche ont adopté des stratégies nationales, dont certaines financent des initiatives locales et citoyennes. Cependant, les modèles structurés visant à soutenir la convivialité urbaine restent rares. 

Les Hyper-voisins offrent un modèle pour construire le bien-être urbain à partir du lien entre résidents. Sa force réside dans sa simplicité. Il ne repose ni sur des grandes visions ni sur des engagements contraignants. Il commence par un Bonjour, un café partagé, un petit geste de voisinage. Et pourtant, à partir de ces actes peut se développer un puissant effet d’entraînement — améliorant la santé mentale, créant des filets de sécurité sociaux et renforçant la qualité de vie. 

Cependant, toutes les communautés ne disposent pas d’un leader ni du temps et des ressources nécessaires pour créer un « village » au cœur de leur ville. Les organisateurs doivent être formés et rémunérés pour leur temps. Pour que le modèle des Hyper-voisins se diffuse, la convivialité doit être élevée au rang de politique publique — non seulement pour sa valeur intrinsèque, mais aussi parce que le coût de l’inaction est élevé : la solitude entraîne des pertes économiques et des conséquences néfastes en matière de santé. Si de bonnes politiques publiques sont mises en place, bien d’autres rues de nos villes pourraient, à partir d’un simple « bonjour », créer un sentiment d’appartenance. 


Pour en apprendre plus sur les travaux de l’OCDE en lien avec le sujet, vous pouvez lire Social Connections and Loneliness in OECD Countries, Social Economy in Europe, Unleashing the potential of volunteering for local development, Transforming Places et Cities for All Ages. Vous pouvez aussi découvrir Social economy and social innovation et écoutez ce podcast pour en apprendre plus : COGITO Talks… La République des Hyper Voisins.

Economist / Policy Analyst at  |  + posts

Marion Lagadic  is an Economist / Policy Analyst at the  OECD Centre for Entrepreneurship, SMEs, Regionsand Cities (CFE)  in theCITY Division where she focuses on Inclusive Growth in Cities. She is completing her PhD at the University of Oxford and is a lecturer at Science Po in Paris, France.

Founder and President at  |  + posts

Patrick Bernard is a French community leader, best known as the founder and president of the association La République des Hyper Voisins, based in Paris’s 14  arrondissement. His work centres on strengthening social cohesion and neighbourly solidarity. Through weekly events like shared meals, apéros(neighborhood get-togethers), and mutual aid initiatives (e.g., helping older neighbours, distributing masks), he aims to weave stronger social ties among residents. He envisions a role he calls “l’amidu quartier”,  a kind of social architect who helps residents connect and co-create their neighbourhood life.