Le secteur financier ne fait pas exception en matière d’inégalité entre les genres
Malgré les progrès réalisés ces dernières années, le lien entre femmes et argent reste encore trop souvent un angle mort dans la sphère économique et financière.
À l’échelle mondiale, les hommes sont plus nombreux que les femmes à créer ou à acquérir une entreprise. Dans son étude « Bridging the Finance Gap for Women Entrepreneurs » (2025), l’OCDE constate qu’entre 2019 et 2023, les femmes entrepreneuses avaient environ 5 % moins de chances que les hommes entrepreneurs de saisir une opportunité économique. Les femmes rencontrent davantage de difficultés pour obtenir des financements et lever des fonds ; ainsi, en France, les hommes ont 1,6 fois plus de chances que les femmes d’obtenir un financement pour créer une entreprise, selon une étude de l’OCDE de 2017.
Ces écarts ne concernent pas seulement les femmes entrepreuneuses. Ils se retrouvent également chez les investisseuses, comme le montre l’édition spéciale du Baromètre de l’épargne et de l’investissement de l’Autorité des marchés financiers (AMF) publiée en décembre 2025. Ainsi, en 2025 en France, 24 % des femmes déclaraient détenir des investissements directs (contre 45 % des hommes).

La raison la plus évidente en est que les femmes sont moins aisées. Mais il existe d’autres facteurs, qu’il convient de comprendre et de prendre en compte. Examinons les différences de comportement : 51% d’entre elles refusent tout risque, contre 31 % des hommes. Elles sont également moins nombreuses à se tenir informées de l’évolution des marchés financiers : 50 % déclarent ne pas le faire contre 27 % des hommes). Cette moindre exposition se traduit logiquement par un intérêt et une confiance plus faibles à l’égard des placements en actions : seules 25 % des femmes se disent intéressées par ces placements, contre 45 % des hommes, et 24 % leur font confiance, contre 44 % des hommes.
Bien plus qu’une question de justice sociale ou d’éthique
Le « déficit » d’investissement des femmes constitue un obstacle important à la préparation de leur autonomie et leur avenir, à commencer par leur retraite. Il représente également un déficit majeur pour l’économie, à un moment où il y a un plus grand besoin d’investissement à long terme. Une participation accrue des femmes est nécessaire à la compétitivité, à l’innovation et à la durabilité de nos économies.
Il ne s’agit donc pas seulement d’une question de justice sociale ou d’éthique, mais aussi de performance économique et financière. Il est grand temps que le monde de la finance commence à reconnaître ce problème et à s’y attaquer. Notre responsabilité collective est double : donner aux femmes davantage envie de s’intéresser à la finance et faire en sorte que l’écosystème financier leur accorde plus d’attention.
Que peuvent faire les régulateurs des marchés financiers ?
Ces écarts ne sont pas une fatalité. Ils soulignent la nécessité d’agir sur les représentations, la confiance et l’accès à l’information.
Les évolutions réglementaires peuvent contribuer à accroître la représentation des femmes au sein des instances décisionnaires des entreprises, ce qui peut conduire à une écosystème plus favorable à l’investissement des femmes. L’éducation financière est un moteur essentiel de l’autonomisation économique. Les autorités de régulation des marchés financiers peuvent y contribuer, en élaborant des contenus et campagnes pédagogiques ciblés sur la finance et l’investissement afin de lutter contre les préjugés et rappeler que le monde de la finance n’est pas réservé aux hommes.
Premièrement, nous pouvons jouer un rôle clé dans l’identification et la documentation du problème, ainsi que dans la sensibilisation à celui-ci. Cela implique de tirer le meilleur parti des données que nous recueillons et de les publier. Deuxièmement, nous pouvons élaborer des programmes spécifiques pour mieux identifier et comprendre les obstacles ; cela suppose de mobiliser nos capacités d’analyse et d’étude. Troisièmement, nous pouvons mettre en place des programmes spécifiques d’éducation financière. C’est pour cela que l’AMF a récemment annoncé un plan d’éducation financière 2026-2028 visant à stimuler l’investissement des femmes. Il comprend notamment une étude qualitative destinée à mieux identifier les obstacles et les leviers à l’investissement des femmes. À plus court terme, l’AMF créera une rubrique consacrée aux femmes et à l’investissement dans la section « Investisseurs particuliers » de son site internet.
Les régulateurs de marché peuvent également participer à des initiatives telles que le Forum de l’OCDE sur l’égalité des genres afin de sensibiliser le secteur privé. Ils peuvent aussi encourager des initiatives sectorielles fructueuses, comme la Charte pour la parité hommes-femmes de Financi’Elles, une fédération française de réseaux de femmes issus des secteurs de la banque, de la finance et de l’assurance. En signant cette charte, les entreprises dont les réseaux sont membres de Financi’Elles réaffirment leur engagement à mettre en œuvre des politiques de ressources humaines ambitieuses en matière d’égalité femmes-hommes — un levier de performance financière, de créativité et d’innovation. Ce type d’initiative offre par ailleurs aux femmes des opportunités de visibilité et de formation.
Pour en savoir plus sur les travaux de l’OCDE sur des sujets connexes, consultez The OECD Forum on Gender Equality | OECD
Marie-Anne Barbat-Layani is Chair of the Autorité des Marchés Financiers.
Her appointment came after a 30-year career in finance. Inspector General of Finance, she is a graduate of the Paris IEP and the ENA (1993). Between 1993 and 2007, she held various positions at the DGT (French Treasury), the Permanent Representation of France to the EU and the office of the Finance Minister. From 2007 to 2010, she was Deputy CEO of the Fédération Nationale du Crédit Agricole. She was appointed Deputy Director of the Prime Minister's Office from 2010 to 2012. From 2014 to 2019, she headed the French Banking Federation. Between 2019 and 2022, she was Secretary General of the Ministry of the Economy and Finance.

