Les smart cities ne suffisent plus : les villes ont besoin de systèmes de résilience

Reading Time: 4 minutes

Pendant des années, les villes ont investi dans des capteurs, des tableaux de bord, des plateformes et des services numériques. 

Mais à mesure que les chocs urbains traversent les systèmes essentiels de l’eau à l’énergie, des transports aux infrastructures numériques et aux systèmes sociaux, les smart cities ne suffisent plus: les villes doivent faire évoluer ces outils vers des systèmes de résilience qui relient les services essentiels, les données et les institutions afin d’anticiper les perturbations, de coordonner l’action et de protéger les populations.

Des projets « smart » à la capacité de résilience 

Un projet de smart city démarre souvent avec une technologie : un dispositif, un jeu de données, une application ou un projet pilote. Un système de résilience part, lui, d’un problème public : maintenir l’accès à l’eau, rétablir la mobilité, soutenir les résidents vulnérables ou coordonner les services lors d’une crise. 

Un tableau de bord peut montrer ce qui se passe. Un système de résilience aide à décider quoi faire, qui doit agir et quels services doivent être protégés en priorité. L’eau est l’un des exemples les plus parlants, car les systèmes d’approvisionnement sont vitaux pour la résilience des territoires. 

Pour les protéger, Eau 17, en Charente-Maritime, a lancé son initiative « Eau du futur », un exercice de prospective à horizon 2050 portant sur les ressources, la qualité de l’eau brute, la demande, le tourisme, l’agriculture, l’aménagement du territoire et la capacité des infrastructures. 

Eau 17 a associé les acteurs de l’eau, les élus, les intercommunalités, les opérateurs et les partenaires institutionnels afin de transformer une analyse à long terme en feuille de route opérationnelle, en impliquant toutes les parties prenantes, pas seulement le service de l’eau. 

Ce travail prospectif a ensuite orienté les choix technologiques. Plutôt que de déployer des outils numériques pour eux-mêmes, Eau 17 a identifié des besoins opérationnels précis : consolider les données patrimoniales et financières, utiliser les données d’incidents et de qualité pour prioriser le renouvellement du réseau, cibler le comptage intelligent pour les consommateurs saisonniers comme les campings, mobiliser l’expertise sur la ressource et surveiller les risques liés à la qualité. 

Comme le résume Hortense Bret, directrice générale d’Eau 17 : « La prospective n’a de valeur que si elle permet de fédérer les acteurs d’un territoire. Notre objectif n’était pas seulement de produire un scénario à horizon 2050, mais de rendre les risques compréhensibles, de partager les responsabilités et d’aider les élus à intégrer l’eau dans leurs décisions d’aménagement.  » 

La leçon va au-delà de ce seul territoire. Les outils numériques peuvent réduire les pertes, orienter l’investissement et aider les responsables à visualiser les risques, mais le point de départ reste la décision publique : que faut-il protéger, où investir, et quels usages doivent évoluer ? 

La résilience dépend de la mise en relation et de la protection des services essentiels 

La même logique s’applique aux autres systèmes urbains essentiels. Les villes sont constituées de systèmes interdépendants, pourtant ces systèmes sont souvent gérés séparément : énergie, transports, bâtiments, santé, secours d’urgence, infrastructures numériques et services sociaux. 

Une coupure de courant peut affecter les feux de circulation, les télécommunications, les établissements de santé et les systèmes de pompage de l’eau. Une inondation peut toucher les routes, les écoles, le logement et l’accès aux secours. Une cyberattaque peut se propager des systèmes administratifs jusqu’à la fourniture des services publics. 

Angers Loire Métropole offre un autre exemple instructif. Son programme Territoire intelligent vise l’efficacité des ressources et la résilience opérationnelle, avec jusqu’à 70 % d’économies d’énergie sur l’éclairage public et un centre de pilotage capable de gérer à distance 70 000 équipements publics, des feux de circulation aux systèmes d’arrosage et de chauffage. 

Son plan d’adaptation climatique identifie également la chaleur, la qualité du logement, les conditions de travail, la sécheresse et les inondations par ruissellement comme des vulnérabilités, y compris les risques pour les personnes fragiles. 

Angers illustre aussi l’autre face des infrastructures connectées. Une cyberattaque majeure en 2021 a perturbé les services numériques municipaux et affecté le déploiement du territoire intelligent. Bien qu’il n’existe aucune preuve avérée qu’elle ait directement mis hors service des infrastructures physiques, cet épisode montre pourquoi la cybersécurité et les plans de continuité doivent être intégrés dès le départ dans les programmes de smart city. 

Comme le souligne Denis Thuriot, maire de Nevers et président de Nevers Agglomération : « Une ville intelligente et adaptative n’est pas seulement une ville qui résiste aux crises. C’est une ville qui prépare ses habitants, protège ses services essentiels et transforme les contraintes en projet collectif. Les collectivités doivent expliquer, associer et donner confiance, car l’adaptation ne peut réussir que si les citoyens se sentent impliqués dans les solutions.» 

La résilience doit être inclusive par conception 

La résilience est aussi un test d’inclusion. Les chocs ne touchent pas tous les habitants de la même manière. Les personnes âgées, les enfants, les personnes en situation de handicap, les travailleurs en extérieur et les ménages mal isolés sont souvent plus exposés et disposent de moins de moyens pour s’adapter. 

La technologie peut aider lorsqu’elle est reliée à des décisions opérationnelles et à des services d’accompagnement. Les villes peuvent utiliser des registres, des analyses spatiales et des données de service pour identifier les résidents ayant besoin de soutien pendant les canicules, localiser des espaces climatisés accessibles, adapter les transports publics ou prioriser les actions d’aide. 

L’enjeu n’est pas de collecter davantage de données, mais de relier les outils opérationnels, l’analyse des vulnérabilités et l’action publique afin que les investissements et le soutien atteignent les personnes les plus exposées. 

Des projets pilotes de smart city aux capacités de résilience partagées 

Pour les décideurs publics, la priorité est de passer de projets pilotes isolés à des capacités de résilience partagées. Les villes devraient cartographier les interdépendances entre services essentiels, créer des cadres pour un partage responsable des données, intégrer la cybersécurité et les plans de continuité dans les systèmes critiques, investir dans les compétences et les modèles opérationnels, et inclure les communautés vulnérables dès le départ. 

Les gouvernements nationaux peuvent soutenir des normes communes, financer la résilience à long terme, aider les villes plus petites à accéder à l’expertise, et encourager la collaboration entre collectivités locales, opérateurs, organismes de recherche et fournisseurs de technologies. La prochaine génération de smart cities s’appuiera sur l’IA. Mais son succès ne sera pas jugé au nombre de capteurs ou de tableaux de bord créés. 

Ce succès sera jugé selon un critère simple : ces technologies aident-elles les villes à maintenir les services essentiels sous pression, à protéger les habitants les plus exposés et à se rétablir plus rapidement après les perturbations ? 


Pour en savoir plus sur le sujet, vous pouvez lire Smart Cities and Inclusive Growth et The OECD Programme on Smart Cities and Inclusive Growth.

+ posts

Stéphane Gervais is the Founder and CEO of ApexTransform, a strategic advisory firm focused on artificial intelligence, trusted technology, industrial transformation and smart infrastructure. With more than 25 years of experience in the technology sector, he has held international leadership positions in strategy, marketing and business development across semiconductors, embedded systems, AI and connected infrastructure. He advises technology companies, industrial organisations and public-sector stakeholders on innovation, market development and responsible technology deployment. Stéphane regularly contributes to publications and international initiatives covering AI governance, resilient cities, water, mobility and digital transformation.