Ce blog fait partie de notre campagne “Tirer parti des Jeux Olympiques pour le développement local à travers l’OCDE”. Via des témoignages, des meilleures pratiques et des histoires de réussite, cette série vise à inspirer et guider les futures villes hôtes, mais aussi les parties prenantes, afin de maximiser les avantages de ces événements mondiaux.
Les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris représentent une opportunité exceptionnelle de conquérir les cœurs et les esprits, en plus des médailles. Paris cherche à montrer au monde comment réussir le pari de l’économie circulaire. Mon entreprise, Vesto, fait partie de cette mission et prévoit de fournir 370 fours, lave-vaisselles et autres machines de restauration reconditionnés aux organisateurs des Jeux, économisant ainsi plus de 200 tonnes d’émissions de CO2.

© VESTO
Notre histoire
Mais commençons par notre histoire. Alors que nous étions encore étudiants, Anne-Laurène Harmel, Wilfrid Dumas et moi-même nous sommes passionnés pour la lutte contre le problème croissant des déchets dans le monde. Rassemblés par cette passion peu commune, nous avons décidé de concentrer notre énergie sur les déchets des professionnels de restauration, un gisement de plus de 40 000 tonnes chaque année en France, une réalité que j’avais découverte en passant une année dans les cuisines du chef triplement étoilé Pierre Gagnaire.
Pour diminuer cette montagne de déchets, nous avons décidé de donner une seconde vie au matériel qui peut encore servir, que notre co-fondateur Wilfrid Dumas estimait représenter “plus de la moitié”. Dans les premiers mois, nous avons essayé d’assurer la mise en relation entre des propriétaires de matériel usagé et des restaurateurs qui s’installent. Cependant, la fiabilité du modèle montre vite ses faiblesses : près de 25% des équipements rencontrent des problèmes dans les premiers mois.
L’art du reconditionnement industriel
C’est alors que le Vesto est devenu un reconditionneur industriel. Pour diminuer le nombre de pannes, nous avons décidé de tester systématiquement le fonctionnement des machines, de remplacer les pièces détachées défectueuses et d’assurer un nettoyage profond des machines – un modèle inspiré de l’industrie téléphonique qui avait prouvé son efficacité une décennie plus tôt.
L’entreprise a rapidement pris de l’ampleur et, en 2021, moins d’un an après sa création, elle sécurise une première levée de fonds, lui permettant d’ouvrir un atelier de reconditionnement au cœur du 93. Deux ans plus tard et forts d’une deuxième levée de fonds, Vesto et son équipe de 35 employés ouvrent une usine de 7000m2 en Île-de-France.
Une entreprise sociale industrielle
La principale raison du succès de Vesto est d’avoir fait le pari d’une industrialisation sans concessions de la seconde main. Dès le départ, nous avons développé des tests standardisés et mis en place des systèmes d’amélioration continue, réduisant ainsi le taux de défaillance de deux tiers en moins de trois ans.
Cette industrialisation a également permis de réduire les prérequis techniques des techniciens embauchés par l’entreprise. Grâce à un encadrement adapté, Vesto permet à présent à des jeunes en formation de débuter leur carrière dans ce métier d’avenir.

© VESTO
Utiliser les Jeux Olympiques et Paralympiques comme laboratoire
Le parcours de Vesto nous a amenés à rencontrer le Comité d’organisation des Jeux Olympiques en 2022 afin de prévoir l’intégration de matériel reconditionné dans les cuisines de l’événement. Bien que le matériel n’ait pas été acheté par le Comité d’organisation mais par le prestataire de restauration, le Comité a facilité la mise en relation et encouragé le prestataire à intégrer du matériel issu de l’économie circulaire dans leurs achats.
La demande était double : à la fois sourcer du matériel de seconde main en amont des Jeux et gérer la fin de vie de ces équipements après les Jeux, répondant ainsi aux préoccupations environnementales et économiques. Dans un premier temps, un marché exigeait des modèles de machines très précis, que Vesto ne pouvait remplir qu’à environ 60% en raison de difficulté d’approvisionnement.
Un marché ultérieur a permis la substitution par des modèles équivalents, ce qui a permis de remplir 100% de ce marché. Enfin, un troisième volet a été ajouté : le réemploi d’environ 800 équipements pour leur donner une seconde vie après les Jeux et ainsi éviter près de 40 tonnes de déchets.

© VESTO
Entrer dans l’histoire avec les Jeux
À travers l’exemple du matériel de restauration, le Comité d’organisation a ainsi pu montrer à quel point une politique d’achat engagée pouvait bénéficier à l’économie sociale et circulaire. Pour Vesto, ce marché a surtout été l’occasion d’expérimenter les codes de la commande publique. Cet aspect est d’autant plus important que les collectivités françaises seront bientôt tenues de consacrer une partie de leurs budgets à la réutilisation des biens (20% des budgets en 2024, 30% en 2030).
Les Jeux donnent aussi deux clés pour réussir des achats circulaires :
La première est de prévoir des possibilités de substitution pour des modèles équivalents et la deuxième est d’imposer un quota ambitieux et de s’y tenir malgré les aléas de parcours, j’espère aujourd’hui que cette double leçon marquera autant l’histoire que les résultats de nos athlètes !
Pour cette entreprise sociale, les Jeux nous ont offert l’occasion de montrer à la France – et au monde – comment un engagement fort et des politiques de soutien peuvent aider l’économie circulaire à prospérer et offrir de meilleurs résultats pour les personnes et la planète.
Cet article est également disponible en anglais.
Le Programme de l’OCDE sur les événements mondiaux (culturels, sportifs et commerciaux) aide les parties prenantes à construire un héritage de développement local. Nous travaillons avec les organisateurs d’événements issus des gouvernements nationaux ou locaux, du secteur privé, et des associations culturelles, sportives ou commerciales afin de tirer de plus grands avantages locaux de ces événements.
Bastien Rambaud is a French social entrepreneur, co-founder of the company VESTO, which specialises in the reuse of restaurant equipment. Before focusing on equipment waste, he co-founded the company Terre d'Apéro, a local cannery that transformed unsellable vegetables from local farmers into delicious spreads, soups, and sauces. Bastien has a dual background, having studied business at HEC Paris and trained as a chef at the Ferrandi School.

