Le chiffre est connu mais il est bon de le rappeler : les 23,5 millions de Petites et Moyennes Entreprises (PME) européennes comptent pour plus de 99% des entreprises de l’Union Européenne. Avec 90 millions de salariés, elles totalisent les deux tiers des emplois et réalisent plus de 52% de la valeur ajoutée générée. Et ce sont elles qui avaient créé le plus d’emplois au cours des 5 années qui ont précédé l’apparition du Coronavirus – et ce sont d’elles que dépendent les créations de postes futures.
Depuis maintenant plus de 2 ans, ces PME ont été confrontées à une succession de dispositions sanitaires et de mesures de fermeture totale ou partielle et d’injonctions administratives de toutes sortes. L’invasion de l’Ukraine par l’armée russe le 24 février 2022 et la cascade d’évènements internationaux qui en découlent et en découleront, notamment en matière économique, apportent leur lot d’inquiétudes additionnelles.
Entre-temps, se sont succédés récession, endettement, redéploiement vers le numérique et le développement durable, renchérissement des prix de l’énergie et des matières premières, comportements dominants de certains gros acteurs, difficultés de recrutement, qui constituent autant de défis additionnels.
Alors que la pandémie ralentit, la menace d’un conflit étendu et prolongé dans l’est de l’Europe a mis à bas espoirs et volontés d’un « retour à la normale » pour les PME. Dans son Baromètre de printemps du climat des affaires, la fédération européenne des PME, SMEunited, relève que toutes les attentes sont déçues et que les voyants (chiffre d’affaires, emploi, prix, investissements, commandes) sont uniformément au rouge avec des reculs significatifs, entre -5,9% et -12,8%.
Le moment est préoccupant tant d’un point de vue humain qu’économique ou financier : a) avec le télétravail et la disparition des magasins de centre-ville se pose la question du délitement du lien social, b) avec le e-commerce et le tout-électronique celle de l’accès équitable aux données et de la cybersécurité, c) avec le mur de l’endettement celle de la poursuite des activités et du maintien des emplois.
Beaucoup de secteurs sont touchés : agro-alimentaire, machine-outil, construction, transport et logistique, tourisme, événementiel, microprocesseurs, travail temporaire, coiffeurs… La tension sur le coût de l’énergie, aggravée par la crise ukrainienne, et les ruptures d’approvisionnement constatées vont amplifier cette tendance tout comme la hausse du coût de l’argent et les dettes accumulées vis-à-vis du fisc et des organismes sociaux.
Comment, dans un tel environnement, imaginer et appliquer rapidement les mesures pour permettre aux PME de reconstituer leurs marges, leur indépendance financière et leurs capacités d’investissement ?
Le traitement de l’endettement et l’émergence d’une finance alternative constituent des pistes à explorer rapidement.
Des plans de relance et de résilience ont été mis en place aux niveaux nationaux et européens. Mais, cela est-il suffisant ? Pour les PME, la résilience c’est d’abord la survie et, ensuite, le rebond. Pour assurer la première étape, les partenaires sociaux mettent en avant la nécessité de davantage de flexibilité dans l’attribution et le renouvellement des aides d’état, de l’accompagnement dans la recherche de processus de production économes et durables ou du soutien dans la diversification des approvisionnements et des sources d’énergie.
Covid-19 et guerre en Ukraine constituent une double épreuve pour les PME européennes. Beaucoup d’entre elles doivent s’attaquer à la remise en cause de leur modèle économique pour tenir compte de la hausse des prix de l’énergie et du carburant, des difficultés d’approvisionnement de matières premières ou de recrutement. Devant cette situation, près de 20% d’entre elles s’interrogent sur leur avenir. Et les dépôts de bilan sont repartis à la hausse vers les niveaux d’avant pandémie. Heureusement, de nouvelles PME se créent pour répondre aux nouveaux besoins et attentes des consommateurs, ou d’autres PME, en matière informatique, de logistique ou de services à la personne.
La nécessité d’une action de fond sur l’enseignement dès le primaire, sur l’apprentissage des jeunes professionnels et sur la formation tout au long de la vie, sur la qualité des services publics et sur l’efficacité des administrations se fait plus pressante.
Dans l’immédiat, le renchérissement du coût de la vie est un défi pressant : il va entraîner à la fois une modification des structures de prix du fait des hausses de salaires induites – qui vont s’ajouter à celles de l’énergie et des matières premières – et une concentration de la consommation vers des dépenses considérées comme essentielles (habitat, alimentation, transports, santé…).
Cela impose aux gouvernements de tenir un discours de vérité.
Read more at The SME Business Climate Index and EU craft and SME Barometer and the OECD SME work.
